mardi 29 avril 2008

Législation. La loi “anti-drague”



Accoster des femmes sur la voie publique sera désormais considéré comme un délit ! C’est l'un des points-phares d’un projet de loi portant sur la violence à l’égard des femmes.“Pss, Pss… Manchoufoukch azzine ?”. La formule est usuelle chez les dragueurs impénitents de la rue marocaine. Mais bientôt, ils devront tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de proférer pareilles sérénades. Un projet de loi veut en effet pénaliser le harcèlement sexuel sur la voie publique, la “drague” pour le commun des mortels. Selon ses (futures) dispositions, toute personne ayant
Cette page sera mise en ligne le 02 mai 2008


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samedi 26 avril 2008

La ministre de l'Immigration Yolande James. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot


Immigration: une ministre libérale dénonce l'ADQ et Mario Dumont réplique au PQ

La ministre de l'Immigration Yolande James. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot
Par Rollande Parent, LA PRESSE CANADIENNE
MONTREAL - Le chef adéquiste Mario Dumont a revendiqué, vendredi, le droit de discuter de toutes sortes de questions, même les plus sensibles, comme celle de l'immigration. Il a accusé la chef péquiste Pauline Marois de manquer de leadership en ne rappelant pas à l'ordre son candidat Maka Kotto, dans le comté de Bourget, et d'avoir entériné la hausse du nombre d'immigrants prévue par le gouvernement libéral.
Le candidat Kotto a qualifié de "lepéniste", ce qui équivaut à l'extrême-droite en France avec Jean-Marie Le Pen, les panneaux publicitaires adéquistes quant à l'immigration.
Cette publicité de l'Action démocratique du Québec (ADQ) déployée dans les circonscriptions électorales de Bourget et Pointe-aux-Trembles indique que le bilan péquiste-libéral constitue un recul du français à Montréal et, un peu plus bas, on peut lire "hausse de l'immigration de 22 pour cent". Ces quelques lignes sont suivies de la proposition adéquiste suivante: "politique nataliste et gel du seuil d'immigration".
"Maka Kotto dérape dans le comté de Bourget et Pauline Marois ne l'a pas rappelé à l'ordre par rapport à des propos incroyables, inacceptables", a lancé M. Dumont, qui a plaidé la pureté de ses intentions.
"On est préoccupé par le fait qu'au cours des dernières années, l'intégration des immigrants est moins réussie, de plus en plus difficile, parce qu'on a augmenté de façon radicale les seuils tout en coupant les cours de français et le support aux organismes et les différents mécanismes d'intégration", a-t-il fait valoir.
"La récente décision du gouvernement d'augmenter le seuil (de 45 000 personnes actuellement) d'un autre 10 000 personnes sans mettre en place des efforts d'intégration supplémentaires est une erreur", a-t-il poursuivi.
Le ministère de l'Immigration a autorisé une hausse annuelle du seuil d'immigration pour le porter à 55 000 en 2010.
M. Dumont estime plutôt que la solution à privilégier se trouve d'abord du côté des Québécois eux-mêmes, par l'augmentation du nombre d'enfants.
De son côté, à Québec, la ministre de l'Immigration,Yolande James, a accusé l'ADQ d'alimenter les préjugés à l'égard de l'immigration alors que, selon elle, les Québécois doivent être plus sensibilisés à la contribution des immigrants.
"Je ne vois pas comment un parti peut défendre une publicité qui alimente les préjugés", a-t-elle affirmé.
La ministre de l'Immigration a fait ces commentaires, vendredi, en réaction à la publication d'un sondage le jour même révélant que plus de la moitié des Québécois (51 pour cent) estiment, à l'instar de M. Dumont, que la capacité d'accueil et d'immigration a été atteinte au Québec.
Mme James a fait valoir que la faible croissance démographique nécessite l'apport des immigrants à la société québécoise.
Pour sa part, la chef péquiste a refusé de commenter les résultats du sondage et s'est limitée à dire qu'elle s'inquiétait du message de l'ADQ sur la question de l'immigration qu'elle juge "très ambigu".
Cela dit, elle a insisté sur la nécessité pour le gouvernement d'offrir des services de francisation aux nouveaux Québécois susceptibles de les aider à s'intégrer, à se familiariser avec les habitudes de vie et avec la culture francophone québécoise, de façon à ce qu'ils s'intègrent mieux.
© La Presse Canadienne, 2008

plus d'immigration a canada

Plus d'immigrants ou pas?

Alors comme ça, même si Mario Dumont est en chute libre dans les sondages, 51 % des Québécois sont d'accord avec lui sur l'immigration. En tout cas, c'est ce qu'on apprend dans le Devoir, ce matin.
Il semblerait qu'une majorité de Québécois, comme de Français d'ailleurs, pense que le Québec ait atteint son quota d'immigrants. Je parle des Français, car moi l'immigrante, je vous écris de l'aéroport de Roissy où je suis en transit pour ma région natale, l'Auvergne.
Étant immigrante moi même, j'ai tendance à être ouverte sur l'immigration. Presque 21 ans plus tard, je ne regrette pas d'avoir traversé l'atlantique, seule et après Ottawa, d'avoir choisi le Québec.
Je crois aussi que, comme un très grand nombre d'immigrants, je contribue positivement à la société québécoise.
Je crois aussi que la société québécoise a un besoin important et grandissant d'immigrants. Car d'ici quelques années, lorsque la génération des baby-boomers prendra une retraite bien méritée, qui les remplacera ?
Les entreprises québécoises manquent de main-d'oeuvre qualifiée et s'en inquiètent. On manque de médecins aussi, d'infirmières, etc. Qui occupera ces emplois si ce n'est des immigrants. Enfin si les ordres professionnels ouvrent un peu plus leurs portes.
J'avais déjà écrit un article sur les ingénieurs immigrants pour la Presse. Si l'Ordre des ingénieurs semble être le plus ouvert, il reste cependant des efforts à faire. Imaginez les autres ordres, m'avait-on dit, durant ma recherche.
Nous sommes tous et toutes des êtres humains, peu importe notre pays d'origine. Nous ne pouvons que nous enrichir en nous côtoyant et en apprenant les uns des autres.
L'immigration est un sujet sensible. On a pu le voir lors des audiences de la Commission Bouchard-Taylor.
D'ailleurs, pour finir, je vous conseillerai le livre d'un de mes collègues des Intouchables, Boucar Diouf. Pour voir un peu plus loin.
Publié par Cécile Gladel à 5H16

les blessures invisibles --en afghanistan ---soldat canadienne--sous la loupe de sans people**





Les blessures invisibles

Isabelle Porter , Alec Castonguay Édition du samedi 10 et du dimanche 11 novembre 2007
Mots clés : drames, psychologique, soldats, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)
17 % des soldats de retour de Kandahar souffrent d'un problème de santé mentale
Photo: Agence Reuters -->Les missions à l'étranger des Forces canadiennes laissent aux soldats des séquelles psychologiques à la hauteur des drames vécus. Pour ceux qui ont la tête hantée par les images du passé, le jour du Souvenir célébré en fin de semaine prend un sens bien particulier. Surtout que de nouveaux chiffres inédits jettent un éclairage cru sur le conflit afghan, l'un des plus pénibles des dernières décennies sur le plan psychologique. Un dossier à lire aujourd'hui et lundi.
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--> -->Malgré les années qui passent, Christian Marquis, membre du Royal 22e Régiment de Valcartier, se rappelle précisément le moment où il a senti naître en lui ses démons. En 1993, juché dans sa tourelle de char d'assaut, l'oeil collé au viseur thermique du canon, il parcourait une Bosnie-Herzégovine à feu et à sang sans pouvoir réagir, l'armée canadienne n'ayant pas le mandat d'intervenir. Chaque fois qu'il voyait des femmes se faire battre, des maisons brûler ou des enfants se faire exploser la boîte crânienne au milieu des appels à l'aide, il sentait le froid de l'horreur humaine s'infiltrer en lui. «Même le silence devenait silencieux. Je ne sais pas comment expliquer ça», raconte-t-il. De retour à Québec quelques mois plus tard, Christian Marquis ne constate pourtant aucune conséquence psychologique à la suite des atrocités qu'il a vues. «Ça se développe tranquillement pas vite, explique-t-il. Vers 2000 ou 2001, je me suis mis à avoir des rêves, de l'angoisse. Puis j'ai fait des petites crises d'hyperventilation. C'est l'été, t'es en ville avec ta conjointe en plein après-midi au Festival d'été, il y a plein de monde dans les rues et là, ça te prend.» Les semaines passent, ses souvenirs le réveillent la nuit et empoisonnent son existence. «Les rêves prenaient de l'ampleur, dit-il. J'étais de plus en plus déplaisant avec mon monde. Je me recroquevillais sur moi-même. Je manquais d'intérêt pour tout. Et là, une nuit, je me suis retrouvé debout dans ma chambre en train de me battre contre un fantôme. Mais le fantôme, c'était une porte, et le pistolet avec lequel je tirais, c'était une lampe. Je me suis dit: "C'est pas normal, ça".» Aujourd'hui âgé de 40 ans, Christian Marquis est en rémission après avoir trouvé de l'aide au centre de santé de la base de Valcartier. Désirant «faire partie de la solution» auprès des autres soldats en détresse, il est devenu coordonnateur pour l'organisation Soutien social aux victimes de stress opérationnel, un organisme fondé en 2001 et affilié à l'armée. M. Marquis, dont l'organisme est seulement l'une des ressources disponibles pour les soldats en difficulté (voir la suite du dossier lundi), n'a traité qu'un seul cas de détresse psychologique relié à l'Afghanistan jusqu'à présent. Il faut dire que peu de soldats québécois sont revenus de l'enfer de Kandahar. Mais lorsque les 2300 soldats québécois actuellement déployés seront de retour à la maison, la situation pourrait bien changer. Surtout que les collègues de Christian Marquis actuellement dans le pays des talibans sont confrontés à leur lot quotidien d'horreurs. La guerre n'a rien d'abstrait pour les soldats au front et des chiffres inédits compilés par les Forces canadiennes et obtenus par Le Devoir le démontrent avec force. Grâce à un questionnaire et à une évaluation psychologique que le militaire doit compléter à son retour d'Afghanistan, l'armée a une bonne idée des drames humains vécus durant la mission. Sur les 4787 soldats qui ont déjà fait une rotation à Kandahar depuis la fin de 2005, 2717 ont déjà rempli l'évaluation. Et le bilan n'est pas rose (voir tableau en page A 6). Ainsi, 88 % affirment avoir déjà été attaqués par des tirs de mortier et 67 % disent avoir essuyé des tirs de fusil. Il faut dire que la base de Kandahar et les postes avancés sont régulièrement sous le feu de l'ennemi, même si les talibans ne touchent pas toujours la cible. Les chiffres les plus troublants proviennent des militaires qui ont vécu les attaques réussies des insurgés. Ainsi, 68 % des soldats ont vu des blessures sérieuses durant leur mission, 47 % ont vu la mort de civils, 45 % ont vu plusieurs morts et pas moins de 40 % ont dû transporter des cadavres ou des morceaux de corps humains. Presque la même proportion (39 %) ont vu un de leurs collègues mourir. Évidemment, les atrocités les plus graves sont plus souvent observées par les 1000 soldats (sur 2500) qui forment le groupe de combat. En conséquence, un mitrailleur risque beaucoup plus d'être aux prises avec ses démons intérieurs que l'officier de logistique qui ne quitte presque jamais la base. Le lien est direct entre ce que les soldats vivent durant leur mission et les conséquences psychologiques à leur retour. Consciente que les soldats seraient confrontés à des scènes pénibles durant leur mission, l'armée a pris les moyens pour les aider psychologiquement avant même leur retour au pays. Pour une rare fois, un psychiatre, un travailleur social et une infirmière spécialisée en santé mentale sont présents à Kandahar. «On savait que la mission serait difficile, alors on a envoyé du soutien», explique le Dr Mark Zamorski, chef de la Section de santé en déploiement des Forces canadiennes. 17,1 % souffrent de problèmes de santé mentale Malgré cette aide, les militaires aux prises avec des problèmes de santé mentale à leur retour de Kandahar se comptent par centaines. Pour la première fois de son histoire, grâce à l'évaluation psychologique obligatoire, l'armée a une très bonne idée des problèmes qui affligent les soldats avant même que la mission ne soit terminée. Ainsi, 17,1 % des soldats de retour de Kandahar souffrent d'un problème de santé mentale. Une proportion qui bondit à 27,7 % lorsqu'on inclut les abus d'alcool, le dérapage le plus important. Plus de 5 % des militaires souffrent du syndrome post-traumatique, 4,6 % éprouvent des symptômes de dépression majeure, alors que 4,1 % souffrent d'une dépression mineure. Près de 4 % sont affligés de tendances suicidaires, alors que 2,8 % sont atteints de panique et 2,2 % d'anxiété. Un tiers des soldats qui éprouvent des difficultés ont plus d'un problème à la fois. Le Dr Zamorski, qui a fait l'analyse des données, précise qu'il ne s'agit pas de diagnostics fermes, mais plutôt d'évaluations préliminaires. Ainsi, si certains symptômes iront en diminuant pour finalement disparaître quelques semaines après le retour du soldat, d'autres chiffres pourraient continuer à augmenter, notamment les dépressions majeures et les syndromes de stress post-traumatique, puisque ces problèmes peuvent prendre un certain temps avant de se développer. «C'est sûr qu'en six mois, les soldats vont vivre plus de stress que n'importe quel autre métier; alors ça produit des résultats qui frappent l'imagination, dit le Dr Zamorski. Mais les soldats ont aussi accès à plus de ressources d'aide que dans la société en général. [...] Les gars actuellement en Afghanistan sont les mieux encadrés de l'histoire sur le plan psychologique.» Assis dans son bureau en banlieue d'Ottawa, Mark Zamorski fait d'ailleurs une mise en garde: il est difficile de savoir de quoi vont souffrir les soldats québécois. «On a bien sûr une idée avec ce qui a été déclaré par les soldats qui sont revenus de Kandahar, mais il y a plusieurs facteurs qui peuvent changer les choses, notamment la préparation des soldats, les incidents vécus et la force mentale des gars.» Des chiffres révélateurs N'empêche, les chiffres ne mentent pas, concède-t-il. «On n'a pas besoin de faire de grandes recherches pour constater que cette mission est difficile psychologiquement pour nos soldats. Les chiffres reflètent bien le niveau de difficulté sur le terrain. La majorité des soldats qui reviennent vont très bien, il ne faut pas l'oublier, mais c'est vrai qu'il y a un impact sur une importante minorité», dit Mark Zamorski. Ce dernier n'hésite pas à dire que, psychologiquement, la guerre en Afghanistan est la mission à grand déploiement la plus éprouvante depuis des années, voire des décennies. «Comprenez-moi bien, il y a également eu des soldats affectés par la mission en Bosnie, mais ils sont beaucoup moins nombreux que dans la présente mission», dit-il. L'ampleur du choc post-traumatique est aussi plus important lorsque des humains attaquent d'autres humains, comme c'est le cas en Afghanistan. «Les désastres naturels ont peu d'effets psychologiques durables, parce que l'humain ne contrôle rien. Dans un crash d'avion, il peut y avoir une influence humaine, alors c'est plus perturbant. Mais le pire psychologiquement, c'est vraiment la violence volontaire infligée par un humain, comme les meurtres, la torture ou un génocide», dit Mark Zamorski. Typique des nouveaux conflits aux allures de guérilla, l'Afghanistan force les militaires à combattre un ennemi invisible, ce qui affecte les soldats d'une manière particulière, juge Christian Marquis. «Ça "crinque" les gars. Ils sont hyper-vigilants et ça devient leur mode de vie normal. Le militaire a été préparé à ça, mais la question est de savoir quand ils vont décrocher. Ce sera un gros enjeu du retour des soldats.» Lundi: L'aide offerte au retour d'Afghanistan -->

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Les blessures invisibles

Isabelle Porter , Alec Castonguay Édition du samedi 10 et du dimanche 11 novembre 2007
Mots clés : drames, psychologique, soldats, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)
17 % des soldats de retour de Kandahar souffrent d'un problème de santé mentale
Photo: Agence Reuters -->Les missions à l'étranger des Forces canadiennes laissent aux soldats des séquelles psychologiques à la hauteur des drames vécus. Pour ceux qui ont la tête hantée par les images du passé, le jour du Souvenir célébré en fin de semaine prend un sens bien particulier. Surtout que de nouveaux chiffres inédits jettent un éclairage cru sur le conflit afghan, l'un des plus pénibles des dernières décennies sur le plan psychologique. Un dossier à lire aujourd'hui et lundi.
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Puis j'ai fait des petites crises d'hyperventilation. C'est l'été, t'es en ville avec ta conjointe en plein après-midi au Festival d'été, il y a plein de monde dans les rues et là, ça te prend.» Les semaines passent, ses souvenirs le réveillent la nuit et empoisonnent son existence. «Les rêves prenaient de l'ampleur, dit-il. J'étais de plus en plus déplaisant avec mon monde. Je me recroquevillais sur moi-même. Je manquais d'intérêt pour tout. Et là, une nuit, je me suis retrouvé debout dans ma chambre en train de me battre contre un fantôme. Mais le fantôme, c'était une porte, et le pistolet avec lequel je tirais, c'était une lampe. Je me suis dit: "C'est pas normal, ça".» Aujourd'hui âgé de 40 ans, Christian Marquis est en rémission après avoir trouvé de l'aide au centre de santé de la base de Valcartier. Désirant «faire partie de la solution» auprès des autres soldats en détresse, il est devenu coordonnateur pour l'organisation Soutien social aux victimes de stress opérationnel, un organisme fondé en 2001 et affilié à l'armée. M. Marquis, dont l'organisme est seulement l'une des ressources disponibles pour les soldats en difficulté (voir la suite du dossier lundi), n'a traité qu'un seul cas de détresse psychologique relié à l'Afghanistan jusqu'à présent. Il faut dire que peu de soldats québécois sont revenus de l'enfer de Kandahar. Mais lorsque les 2300 soldats québécois actuellement déployés seront de retour à la maison, la situation pourrait bien changer. Surtout que les collègues de Christian Marquis actuellement dans le pays des talibans sont confrontés à leur lot quotidien d'horreurs. La guerre n'a rien d'abstrait pour les soldats au front et des chiffres inédits compilés par les Forces canadiennes et obtenus par Le Devoir le démontrent avec force. Grâce à un questionnaire et à une évaluation psychologique que le militaire doit compléter à son retour d'Afghanistan, l'armée a une bonne idée des drames humains vécus durant la mission. Sur les 4787 soldats qui ont déjà fait une rotation à Kandahar depuis la fin de 2005, 2717 ont déjà rempli l'évaluation. Et le bilan n'est pas rose (voir tableau en page A 6). Ainsi, 88 % affirment avoir déjà été attaqués par des tirs de mortier et 67 % disent avoir essuyé des tirs de fusil. Il faut dire que la base de Kandahar et les postes avancés sont régulièrement sous le feu de l'ennemi, même si les talibans ne touchent pas toujours la cible. Les chiffres les plus troublants proviennent des militaires qui ont vécu les attaques réussies des insurgés. Ainsi, 68 % des soldats ont vu des blessures sérieuses durant leur mission, 47 % ont vu la mort de civils, 45 % ont vu plusieurs morts et pas moins de 40 % ont dû transporter des cadavres ou des morceaux de corps humains. Presque la même proportion (39 %) ont vu un de leurs collègues mourir. Évidemment, les atrocités les plus graves sont plus souvent observées par les 1000 soldats (sur 2500) qui forment le groupe de combat. En conséquence, un mitrailleur risque beaucoup plus d'être aux prises avec ses démons intérieurs que l'officier de logistique qui ne quitte presque jamais la base. Le lien est direct entre ce que les soldats vivent durant leur mission et les conséquences psychologiques à leur retour. Consciente que les soldats seraient confrontés à des scènes pénibles durant leur mission, l'armée a pris les moyens pour les aider psychologiquement avant même leur retour au pays. Pour une rare fois, un psychiatre, un travailleur social et une infirmière spécialisée en santé mentale sont présents à Kandahar. «On savait que la mission serait difficile, alors on a envoyé du soutien», explique le Dr Mark Zamorski, chef de la Section de santé en déploiement des Forces canadiennes. 17,1 % souffrent de problèmes de santé mentale Malgré cette aide, les militaires aux prises avec des problèmes de santé mentale à leur retour de Kandahar se comptent par centaines. Pour la première fois de son histoire, grâce à l'évaluation psychologique obligatoire, l'armée a une très bonne idée des problèmes qui affligent les soldats avant même que la mission ne soit terminée. Ainsi, 17,1 % des soldats de retour de Kandahar souffrent d'un problème de santé mentale. Une proportion qui bondit à 27,7 % lorsqu'on inclut les abus d'alcool, le dérapage le plus important. Plus de 5 % des militaires souffrent du syndrome post-traumatique, 4,6 % éprouvent des symptômes de dépression majeure, alors que 4,1 % souffrent d'une dépression mineure. Près de 4 % sont affligés de tendances suicidaires, alors que 2,8 % sont atteints de panique et 2,2 % d'anxiété. Un tiers des soldats qui éprouvent des difficultés ont plus d'un problème à la fois. Le Dr Zamorski, qui a fait l'analyse des données, précise qu'il ne s'agit pas de diagnostics fermes, mais plutôt d'évaluations préliminaires. Ainsi, si certains symptômes iront en diminuant pour finalement disparaître quelques semaines après le retour du soldat, d'autres chiffres pourraient continuer à augmenter, notamment les dépressions majeures et les syndromes de stress post-traumatique, puisque ces problèmes peuvent prendre un certain temps avant de se développer. «C'est sûr qu'en six mois, les soldats vont vivre plus de stress que n'importe quel autre métier; alors ça produit des résultats qui frappent l'imagination, dit le Dr Zamorski. Mais les soldats ont aussi accès à plus de ressources d'aide que dans la société en général. [...] Les gars actuellement en Afghanistan sont les mieux encadrés de l'histoire sur le plan psychologique.» Assis dans son bureau en banlieue d'Ottawa, Mark Zamorski fait d'ailleurs une mise en garde: il est difficile de savoir de quoi vont souffrir les soldats québécois. «On a bien sûr une idée avec ce qui a été déclaré par les soldats qui sont revenus de Kandahar, mais il y a plusieurs facteurs qui peuvent changer les choses, notamment la préparation des soldats, les incidents vécus et la force mentale des gars.» Des chiffres révélateurs N'empêche, les chiffres ne mentent pas, concède-t-il. «On n'a pas besoin de faire de grandes recherches pour constater que cette mission est difficile psychologiquement pour nos soldats. Les chiffres reflètent bien le niveau de difficulté sur le terrain. La majorité des soldats qui reviennent vont très bien, il ne faut pas l'oublier, mais c'est vrai qu'il y a un impact sur une importante minorité», dit Mark Zamorski. Ce dernier n'hésite pas à dire que, psychologiquement, la guerre en Afghanistan est la mission à grand déploiement la plus éprouvante depuis des années, voire des décennies. «Comprenez-moi bien, il y a également eu des soldats affectés par la mission en Bosnie, mais ils sont beaucoup moins nombreux que dans la présente mission», dit-il. L'ampleur du choc post-traumatique est aussi plus important lorsque des humains attaquent d'autres humains, comme c'est le cas en Afghanistan. «Les désastres naturels ont peu d'effets psychologiques durables, parce que l'humain ne contrôle rien. Dans un crash d'avion, il peut y avoir une influence humaine, alors c'est plus perturbant. Mais le pire psychologiquement, c'est vraiment la violence volontaire infligée par un humain, comme les meurtres, la torture ou un génocide», dit Mark Zamorski. Typique des nouveaux conflits aux allures de guérilla, l'Afghanistan force les militaires à combattre un ennemi invisible, ce qui affecte les soldats d'une manière particulière, juge Christian Marquis. «Ça "crinque" les gars. Ils sont hyper-vigilants et ça devient leur mode de vie normal. Le militaire a été préparé à ça, mais la question est de savoir quand ils vont décrocher. Ce sera un gros enjeu du retour des soldats.» Lundi: L'aide offerte au retour d'Afghanistan -->